Geek : Une Expérience, un Vécu

Quelle que soit la catégorie de fan à laquelle il ou elle appartient, l’identité du geek est un sujet vaste et complexe. Cet article aujourd’hui va me permettre de me prononcer sur ce que je pense à propos du sujet du geek qui continue de faire parler de lui encore aujourd’hui. À l’heure où la pop culture a explosé grâce à son poids sur Internet, de plus en plus de personnes se définissent comme étant geek ou ayant un attrait pour cette large culture. Le but ici n’est pas de trouver une définition complète de ce qu’est un vrai geek. De nombreuses études et chercheurs travaillant sur les arts modernes et les cultures en parleront mieux que moi.

Non, le but ici, c’est d’exprimer un vécu. Une expérience. Comment, et surtout pourquoi, je peux me revendiquer geek. Et surtout : qu’est-ce que cela m’apporte ?

Nous verrons tout au long de l’article que certains peuvent le revendiquer comme un critère de différenciation vis à vis des autres, mais je préférerai ici parler de philosophie de vie plutôt que d’un réel activisme social. Il ne s’agira donc que de mon propre vécu ainsi que de quelques témoignages que j’ai pu récupérer par ci, par là. J’insiste une nouvelle fois pour être bien clair : je n’ai pas pour vocation de donner une vérité générale, puisque la plupart des communautés sont toutes différentes et aspirent à différents buts. Je décrirai seulement ici, ce qui me donne l’impression d’en être, et ce que cela veut vraiment dire pour moi. Certains se reconnaîtront là dedans, d’autres pas, l’idée est en tout cas de créer une discussion intéressante pour que nous puissions tous réfléchir autour de cette question de l’identité du geeksujet complexe qui permettra, je l’espère, de mieux comprendre cet univers aux non-initiés.

Je commence en revanche par une affirmation : NON, les geek ne correspondent pas à l’image que certains peuvent avoir d’un : garçon (1) uniquement intéressé par l’informatique (2), les jeux-video étant son seul loisir (3), seul et isolé dans sa chambre (4), ne sortant pas (5), pas très beau (6) et qui ne sait pas s’échapper de son univers (7). Il s’agit avant tout d’une passion, qui, comme pour la passion pour la collection de timbres, celle pour Johnny Haliday, ou la pêche, est honorable et respectable.

La première condition pour comprendre l’image du geek et sa représentation, c’est donc l’ouverture d’esprit dont il faut faire preuve pour s’éloigner de ces malheureux clichés. Ça y est ? Vous êtes prêts ? Vous avez chassé ces idées de votre esprit ? Alors nous pouvons commencer !

Convention : Le festival du PARTAGE

Pour commencer, je pense qu’il est intéressant d’étudier le geek là où il se manifeste en plus grand nombre dans la vie réelle. Mais c’est aussi là où, en allant pas en profondeur dans les choses, on peut vite passer totalement à côté de l’intérêt des festivals. Il faut déjà savoir que les conventions sont visités par des visiteurs ayant en moyenne 25-29 ans et qu’il y a plus ou moins de 50% de garçons pour 50% de filles. Après ce rapide constat qui déconstruit le premier cliché du geek, poursuivons par un fait assez triste qui reflète l’incompréhension de certaines personnes :

« Mais…C’est quoi ces costumes débiles ? »

« Hey minette…Fais attention, tu vas attraper froid. »

« …Et ça vous sert à quoi ? » 

Bordeaux Geek Festival. Un exemple de convention où, dans la logique d’attirer le plus grand nombre de festivaliers, le BGF s’est associé à la Foire Internationale de Bordeaux pour fêter son événement dédié à tous les univers geek depuis 2015. Idem pour Animasia, autre festival proposé par le groupe Mandora, et proposant un rendez vous spécial pour les fans de culture asiatique. Bref, on constate déjà avec ces quelques citations, les remarques déplacées de certains. Pire, ces individus sont parfois des exposants présentant leurs produits du côté de la Foire. Incompréhensions, moqueries, et regards mal placés sont fréquents à l’encontre de certains cosplayers qui se rendent sur les lieux de l’événement. Pour être plus clair, il existe un sas où il est possible de passer lors du BGF à la Foire (et inversement, pour un petit supplément).

Là où l’idée était simplement de permettre aux curieux de découvrir une grande manifestation geek (et ne le nions pas, cela fonctionne), certains individus jugent mal cette pratique et blessent certains fans qui s’habillent et joue le rôle du personne qu’ils admirent ou aimeraient être. « C’est assez déprimant et triste… » vous allez me dire, et vous avez raison. Mais j’ai une bonne nouvelle : les mentalités changent. Lentement certes, mais le discours politique évolue depuis les années 90. Je pense aussi qu’un certain travail de sensibilisation  est à faire pour que ces pratiques continuent d’évoluer. Il revient à chacun de nous d’expliquer le plus poliment possible à ces interlocuteurs dérangeant, l’intérêt d’un tel événement pour soi. L’idée de cet article est similaire : proposer un discours qui permettra aux curieux mais aussi aux réfractaires, petit à petit à changer d’avis.

En dépit de ce constat que je tenais à relever, je souhaite à présent expliquer « à quoi ça sert« . Comme cité ci-dessus, cette question revient souvent, que cela soit posée avec une certaine naïveté, moquerie ou tout simplement par pure curiosité. Notons également qu’un certain décalage générationnel pour les plus anciens comme nos grands-parents rendent l’exercice encore plus difficile, à l’heure où la culture de savoir faire la bonne soupe de mémé est désormais moins dans les mœurs que de connaître l’oeuvre de George Lucas, quoi que tout cela est relatif, n’est-ce-pas ?

Oui, certains cosplay peuvent être assez déconcertants…Mais n’oublions pas qu’il s’agit avant tout d’un loisir où chacun peut s’amuser ! — Deadpool x Venom

Il n’est pas en reste que c’est dans les années 70 que la culture geek très fortement rattachée au domaine de l’informatique, malheureusement trop réputé masculin, émerge et commence à faire parler d’elle. La pratique du cosplay dans les années trente née aux États-Unis mais démocratisée par le Japon va petit à petit apparaître en France. On pouvait dénombrer en France en 2006 moins de dix conventions par an dédiée à la pop culture. En 2019, il y en a environ une par semaine. Mais alors, « à quoi ça sert » réellement ?

Les conventions, comme dit précédemment, ont un double but : celle de réunir le grand public mais aussi de répondre aux attentes des fans. En proposant des animations variées, des jeux, des tournois, des activités atypiques (archerie, quidditch, atelier créatif de pixel art, initiations aux arts traditionnels…et j’en passe des tonnes), des quizz, des conférences, des rendez-vous avec des invités populaires (vidéastes, influenceurs, acteurs, doubleurs…), stands divers (nourriture, goodies…), les conventions sont avant tout des lieux de rencontre. Les artist alley permettent aux amateurs de se faire connaître en présentant leur travail au grand public et en vendant le fruit de leur travail. Des compétitions, battle comme défilés sont aussi proposés afin de permettre devant un jury ou le public d’avoir des retours constructifs et d’améliorer leur travail, que cela concerne le cosplay, la conception de jeu-vidéo, ou encore le dessin. N’en déplaise à ceux qui ne verront les conventions qu’un pôle d’activité merchandising. Oui, c’est vrai, la plupart des boutiques profitent de ces manifestations pour réaliser leur chiffre d’affaire annuel. Mais…Ce n’est pas « que » ça.

Autre les activités culturelles, la rencontre est telle que certaines communautés de passionnés en profitent pour se réunir et tourner de nombreuses séquences, réunissant par exemple chaque personnage de leur série, film, jeu, livre ou anime préféré.

Les conventions : un rendez -vous culturel et de rencontre avant tout ! Démonstration ici avec les Avengers de chez Marvel — Comic Con San Diego

Même si certains conflits peuvent apparaître, interne à ces communautés (cosplay drama bonjour), la bonne humeur, les bons moments et les rires font partie intégrantes de ces moments qui peuvent convenir à l’artiste amateur désirant présenter ses œuvres, tout comme à la famille qui s’y rend pour passer la journée, sans forcément être costumée. Il y aurait tellement plus à dire sur les conventions, rien qu’avec ce que le GIF ci-dessus peut nous montrer (différents costumes portés par des personnes de sexe, d’âge, d’origine différentes, faisant la surprise d’un nouveau né à gauche comme s’il devait assister à une parade Disneyland) mais je préfère poursuivre en parlant de ce qui est à l’origine de ces festivals : la communauté geek en elle-même.

Il est donc tout simplement à retenir que les conventions permettent de rassembler tout type de public pour des moments uniques de partage. Si une activité est susceptible de vous plaire plus qu’une autre, je vous renvoie vers les programmes de ces festivals, communiqués quelques jours avant sur les réseaux sociaux ou sur le site concerné, afin de prendre pleinement conscience de ce qui vous y attend. J’ajouterai que certaines conférences qui y sont données auraient tout à fait leur place dans une université, témoignant du caractère culturel et scientifique de certaines interventions par des invités qualifiés. Les conventions sont donc loin de rassembler des extraterrestres déambulant sans but avec des costumes « bizarres » toute la journée.

Quand les Geek s’assemblent

Ces conventions n’auraient pas pu exister sans l’existence de communautés de geek et sans leur envie de faire quelque chose ensemble. Certaines associations organisent des petits événements comme des soirées cinéma, uniquement dans le but de pouvoir se rassembler et vivre ensemble une expérience qu’ils ne peuvent avoir avec d’autres. Ensemble, on est bien, on partage, mais on accueille aussi n’importe qui d’autre de manière bienveillante. Les communautés reposent sur l’altruisme et bien souvent sur le partage de connaissances. Je parlerai ici d’une en particulier : celle des Dix Lunes que j’ai eu la chance de rejoindre récemment.

L’association Les Dix Lunes est présente sur de nombreux événements, partout en France. En reprenant la description présente sur le site internet de l’association :

L’association a pour but de laisser s’exprimer et de libérer le potentiel créatif et imaginatif de ses membres qui pourront s’essayer à la réalisation de costumes,
bijoux, armes ou autres idées. Besoin d’aide et de conseils ? Envie de monter un projet seul ou en commun ? L’association et ses membres sont là.
Des ateliers sont créés pour faire ou finaliser les projets de nos membres afin de leur apporter soutiens et conseils.

L’idée est donc d’apporter soutien, courage, idées aux membres de l’association tout en leur apportant les connaissances et techniques nécessaires à la création d’un costume et à l’apprentissage du role play. Pour ma part, rejoindre Les Dix Lunes a été un véritable vecteur de connaissances et de motivations. Je n’aurai ainsi pas fais mon premier costume tout seul sans rejoindre ce collectif. L’association intervenant aussi pour la pratique du GN, tous les registres de l’imaginaires sont autorisés, que cela aille du médiéval, en passant par la science-fiction, ou d’une licence geek bien connue. Des soirées sont aussi organisées entre les membres afin de renforcer les liens.

Nombreuses sont les associations en France étant bienveillante à l’encontre d’un nouveau public qui souhaiterait rejoindre cet univers. « Et pourquoi pas moi ? » pourrait-on se dire. Les Dix Lunes proposent ainsi des ateliers pixels art et plastique dingue sur la plupart des manifestations culturelle qui sont organisées. L’association expose aussi les costumes de ses membres, et répond à de nombreuses questions afin d’aider un maximum de débutants comme de confirmés dans le domaine créatif. En interne, de nombreux ateliers sont proposés chaque semaines dans le but d’acquérir ces compétences. Les anciens aident les nouveaux, le tout, dans une très bonne ambiance. De la conception du costume, au choix du matériau, de la perruque, des tissus, jusqu’au découpage des tissus, à l’assemblage et à la couture (je ne me serai jamais essayé sur une machine à coudre et une sur jeteuse avant !), on y apprend énormément.

L’association Les Dix Lunes publie souvent le travail de ses membres sur sa page Facebook. Anciens comme nouveaux travaillent ensemble pour la réalisation de beaux costumes.

Voila qui éclaire un peu plus la « face cachée » des associations pouvant être qualifié de geek. On est alors loin de cette idée reçue d’isolation. Se passionner pour de telles activités créatrices est loin, très loin, de faire nous des « isolés » ou encore des « no-life« . il y a ici un véritable partage social et les divers événements organisés nous donne souvent l’occasion de sortir de chez nous.

Ces liens qui peuvent être crées ainsi que ces échanges ne sont pas les seuls exemples. Il existe aussi bien sûr des communautés virtuelles tout aussi bienfaitrices pour notre construction, nous, les fans d’œuvres imaginaires. L’une de mes plus mémorables expériences, qui perdure encore aujourd’hui, s’illustre sans aucun doute dans la communauté que j’ai pu créer : grâce au role play. Les communautés de passionnés existent depuis bien longtemps. On peut remonter aux salons de thé littéraire du XVIIIème siècle ou encore aux fans de Sherlock Holmes à la fin du XIXème. Certains pourraient même affirmés que ces associations étaient présentes bien avant. Ce qui est sûr, c’est que Internet a démultiplié les possibilités, les échanges. La technologie a offert la branche sociale qui manquait aux geeks les plus timides.

Internet a largement dépassé ses perspectives créatives quand l’on voit à présent tout ce qui est crée par les fans (tutoriels, live, discussions, débats, jeux indépendants…)

 

De l’Écriture à…la Réalité.

Mardi 27 Juin 2007. Après l’ouverture de deux forums ayant fermés, je décide avec l’aide d’un ami d’ouvrir un troisième, sans être grandement convaincu du succès relatif à venir. Douze années plus tard, j’ai toujours la surprise de constater que NW (le forum en question) est toujours en place. J’en suis ainsi le co-fondateur et animateur depuis ses débuts, et je peux vous confirmer qu’être responsable d’une telle communauté procure une certaine fierté : ce n’est pas grand chose, mais se dire qu’avoir permis à de nombreux membres de se rencontrer, et pour certains, de vivre aujourd’hui en couple ou proches de se marier, renforce ce sentiment d’utilité publique.

J’invite quiconque qui aurait un souhait caché de créer une communauté (peu importe sa forme qu’il s’agisse d’un blog littéraire, d’une fan fiction, d’une communauté Discord, d’un forum…) de franchir le pas, car vous ne pouvez même pas imaginer les possibilités qui peuvent exister.

Mêlant multiverse et écriture, ce forum accueille tout type de passionné désirant développer son personnage (qu’il soit inspiré d’un personnage fictionnel déjà existant, ou bien dérivé, ou bien encore 100% crée), dans l’univers que nous proposons. Je suis un fan de jeu-vidéo depuis tout petit, il était donc normal que la base de cet univers repose en grande partie sur l’immensité des lores de Nintendo. N’étant pas officiellement très développé lors d’une première lecture de gameplay, les fans se nourrissent des dits et des non dits des licences issues de big N pour imaginer de nombreuses histoires sur leur univers fétiche.  Les fanfictions fonctionnent sur le même modèle. Ici, le format forum permet à tous de faire interagir facilement par le biais de l’écriture chaque personnage et de faire confronter ses aventures avec celles des autres joueurs. Que l’on aime ou pas, chacun y a ajouté sa pâte depuis toutes ces années pour devenir le multiverse que cela représente aujourd’hui.

Un fait important que j’ai pu observer et auquel je ne m’attendais pas : en écrivant encore et encore et en développant leur personnage, les membres du forum (plusieurs générations s’étant succédé) ont amélioré leur écriture, que cela soit du point de vue de l’orthographe pour plusieurs d’entre eux dyslexiques, mais aussi la grammaire, et la syntaxe. Certains projets sont en cours, comme celui de permettre aux étrangers de rejoindre simplement la plateforme dans le but d’apprendre en s’amusant la langue française. Une preuve supplémentaire que cette entreprise de jeunesse participe à l’émancipation de ses membres.

Il y a quelques amis, avec mon ami Alexandre (auteur des Chroniques d’Aether) lors d’une journée porte-ouverte, notre expérience dans la gestion de communauté nous a même apporté les faveurs de l’équipe pédagogique présent à une journée portes-ouvertes d’une école privée multimédia. Surpris d’un tel engagement pour une oeuvre, et des apports culturels que cela a pu nous apporter, nous avons eu une claque en réalisant que cette plateforme, n’étant que source de distraction au départ, pouvait se révéler être un véritable faire-valoir dans nos futurs entretiens professionnels. Pas seulement pour nous. Mais aussi pour l’ensemble des membres appartenant à notre communauté. Et j’insiste sur le pronom nous qui est d’ailleurs intéressant à analyser ici. Nous, les geek, nous nous sommes appropriés les possibilités de ces univers. Nous nous amusons à construire toutes sortes d’animations, qu’elles prennent une forme physique ou non.

Extrait de texte publié lors d’un concours d’écriture sur le forum (Alyson). La communauté dépasse ses limites et apprend elle aussi le code et l’écriture pour créer des textes de qualité.

Ainsi, grâce à NW, j’ai pu acquérir mes premières expériences dans le design graphique, le HTML/CSS, et la MAO (musique assistée par ordinateur). Les besoins exprimées par la plateforme elle même ou par la communauté m’ont ainsi permis d’étoffer ma culture ludique. Il en est de même pour les centaines de membres qui ont pu nous rejoindre et expérimenter cette grande famille que nous sommes devenus. Comme le définissait le sociologue Bourdieu, ces groupes de pairs que nous côtoyons peuvent ensuite être d’une véritable aide dans la vie professionnelle. Nous avons d’ailleurs planifié de mettre sur la même latitude nos travaux de recherche en compagnie de mon ami Faust que j’ai rencontré sur ce même forum.

N’oublions pas enfin que ces nombreux liens sont aussi partagés in real life. Chaque fois que nous en avons la possibilité, nous nous retrouvons en ville ; la plupart du temps grâce aux conventions, lieu de rendez-vous idéal pour se retrouver. La distance n’est pas tant un problème que ça. Voyez donc comme je viens de raccrocher avec le premier sujet abordé au début de cet article !

Toutes ces expériences que nous pouvons partager forgent en chacun de nous notre identité geek. Mais rassurez vous : tout le monde en a une. Certains préfère la développer en étant incollable sur certaines émissions de télé-réalité, d’autres en lisant des tonnes de livres, et d’autres en jouant à de nombreux jeux vidéo…Enfin, d’autres peuvent mélanger tout cela (eh oui, ce n’est pas incompatible, et c’est mon cas, je regarde et fais un peu de tout). Il n’existe pas de sous-culture comme disait « l’autre ». Le plus important, c’est de ne pas comparer. L’un ou l’autre n’est pas plus noble, en tout cas, c’est ce que je pense profondément. Je défends cependant énormément le jeu-vidéo car je considère qu’il mélange plusieurs formes d’arts (écriture, cinéma, gameplay…) tout en enrichissant son média. Mais je ne pesterai jamais sur quelqu’un qui est geek de foot. Je n’aime pas cela, chacun est libre après tout. Mais cela n’en fait pas moins quelque chose de moins « intéressant » du moment qu’en face, la personne est elle aussi ouverte et prête à échanger sur nos passions respectives.

Cela nous mène vers notre dernier point que je souhaitai aborder avec vous. Qu’en est-il vis à vis de ceux qui sont fermer à ces échanges ? Cela est fortement lié à la question de l’identité.

L’identité d’un Passionné

Les comportements de résistance que l’on peut rencontrer, d’incompréhension, ou de refus de communiquer ou d’accepter un étranger à notre culture vient selon moi d’un dysfonctionnement de l’identité que souhaite revendiquer cet individu. Je ne m’adresse pas seulement ici aux geek qui seraient cantonnés à dire que « de toute façon c’est mieux sur PC » mais plutôt à toute personne qui possède une passion et qui s’est enfermée à l’intérieur. Non, mesdames et monsieurs, ce n’est pas parce que l’on est archi fan d’un groupe de black métal que « Chopin et Mozart, c’est la même merde ». Il s’agit là d’un jugement sûrement erroné dû d’une part aux goûts — et ça, je ne peux le nier — mais aussi et sans doute à la question d’une certaine identité que l’on souhaite conserver.

David Peyron, un chercheur travaillant sur la question de l’identité du gamer et du geek s’intéresse à cette question qui est très intéressante et je vous invite ainsi à lire ses ouvrages. Les fan studies et geek studies sont d’ailleurs des domaines tout jeunes mais désormais acceptés de la communauté scientifique universitaire, preuve supplémentaire de l’universalité de ce sujet.

Pour lui, l’identité est à rapprocher avec la notion d’authenticité si chère au tourisme. Cette notion fantôme est intangible : en effet, plus on essaye de s’en approcher et plus on s’éloigne. La  vraie authenticité n’existe pas vraiment car nous sommes tous des mammifères profitant d’un mélange certain de cultures et d’enseignements différents. 

Le gamer essaye de se protéger et de donner de la valeur à ses activités à travers un vocabulaire spécifique, souvent en anglais (lootskill, et j’en passe). L’unité de temps, de la nature du jeu, du bon choix de plateforme utilisée et de sexe (pour les cas les plus extrêmes pour êtes une fille ? ah, pas de chance) sont des ingrédients essentiels qui permettraient de définir ce qu’est un vrai gamer. Bien heureusement, cet aspect des choses est avant tout une construction erronée de la réalité. Par exemple, je peux tout à fait jouer à un petit jeu type candie crush sur mon téléphone et m’extasier devant le génie de Yoko Taro sur son oeuvre Nier Automata. Il va ainsi sans dire que rien n’est incompatible et qu’on nous renvoie souvent des images faussées qu’il convient de bien analyser. Les individus tombant dans ce piège ouvriront un jour ou l’autre leur porte à une certaine culture différente, ayant ainsi la surprise de découvrir que oui, il n’y a pas que Fortnite dans la vie, mais qu’il est un jeu suffisamment riche et amusant pour faire office de passe-temps efficace (rappelons que le jeu le plus joué au monde est sans aucun doute le Solitaire…est-il tout aussi riche ?). 

Le foot ou le jeu vidéo mérite sans doute tout autant d’attention.
Tout est noble et se cultive. Mais attention à ne pas tomber dans les extrêmes.

Nous nous sommes un peu éloigné de ce que je voulais dire, alors je vais terminer en recentrant le sujet. Des frictions existent entre communautés, entre fans, et entre industrie et passionnés. Et c’est tant mieux ! Ces mouvements de résistance permettent de faire réfléchir et de remettre en question ceux qui voudront bien entendre leurs torts (je prends l’exemple récent la communauté de Fallout 1st ayant décrié récemment le jeu en réservant avant l’éditeur officiel, le nom de domaine du jeu pour le parodier et pouvoir exprimer ainsi efficacement le mécontentement des fans).

Par ailleurs, cette question de l’identité est souvent liée à celle du partage, et c’est ce sur quoi je voudrais conclure. Un ami à moi que j’ai interviewé, Tristan, nous donne son point de vue sur sa passion de collectionneur d’œuvres fictives (Halo, Fable, Venom…Bob l’Éponge, tout y passe !) :

« Je collectionne par passion. J’avoue être assez matérialiste : j’aime regrouper certains objets d’une licence pour montrer mon dévouement et mon amour pour cette licence. »

Et quand je lui demande si c’est aussi dans une optique de partage, ce à quoi il répond…

« Oui, dans le sens où quand les gens voient ma collection, un dialogue se lance. J’adore ça ainsi que voir les collections des autres»

La collection n’est donc pas non plus une pratique si individuelle que cela : on se confronte aux autres mais aussi, en tant que fan, on partage, on compare, on discute. Pour les connaisseurs, la chaîne de Wah Wah l’exprime particulièrement bien : on ressent le partage et la discussion de ces passionnés qui louent parfois un local entier rien que pour conserver leur patrimoine.

C’est donc sur cela que je souhaite terminer : être geek, à mon sens, c’est avant tout faire preuve d’une certaine ouverture d’esprit. C’est être prêt à s’immerger dans une culture que la génération de nos parents ont connus et que nous continuons de développer, de créer, de consommer à travers des œuvres sous différents formats : dessins-animés, livres, jeux, expérience VR même pour certains, et j’en passe.

Allez, un petit moment d’humour, pour prendre à contre pieds tout ce que je viens de dire.

Cet article ne mettra certainement pas tout le monde d’accord, mais je tenais à écrire sur ce sujet qui fait davantage pour moi l’objet d’un vrai héritage culturel, d’un partage, et d’un savoir qui fait que nous nous sentons un peu plus humain à chaque fois que nous partageons, la baume au coeur, la dernière bande annonce d’une suite d’une oeuvre annoncée, dans l’unique objectif d’en discuter et de développer le sujet.

Je pense réellement que c’est ça, qui définit l’identité d’un geek et que cela sert simplement à se sentir vivant dans sa passion.

Source : Tristan (témoigagne), Les Dix Lunes, David Peyron, Alexandre Sanchez

Merci à ceux ayant participé au développement de cette culture partagée : les membres de la communauté de NW ; les chercheurs s’intéressant au sujet ; les associations démocratisant les évènements geek et la pratique du cosplay.