Les Game Centers Japonais

Les gamecenters aussi appelés GéSen au Japon sont au nombre d’environ 250 000, de tailles différentes. Les salles d’arcades sont nées dans le courant des années 80, véritable début de la commercialisation du jeu vidéo qui, pour beaucoup de jeunes japonais, est une véritable passion. C’est aussi à la même époque que le milieu se professionnalise, avec l’arrivée d’entreprises comme Sega. Contrairement dans le reste du monde où les salles d’arcades se font rares et ferment de plus en plus, les GéSen nippons génèrent beaucoup d’argent. Le chiffre d’affaires annuel moyen d’un GéSen est de 25,9 millions de yens (env. 155 520 €). En revanche, ces dernières années, la concurrence est de mise avec des bornes de plus en plus couteuses. Les GéSen sont aussi très rapprochés, souvent à moins de dix minutes d’écart l’un de l’autre. Ainsi, il faut compter plus de 80 000€ pour une borne Namco Mobile Suit GUNDAM Senjô no Kizuna (l’une des bornes les plus populaires au Japon et à la pointe de la technologie via une interface nous mettant au pilote d’un mecha, dans son cockpit) proposant 4 écrans + 50€ de frais de connexion pour accéder aux serveurs.

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Chiffres de l’arcade au Japon en 2008 (source : jeuxvideo.com)

 

Il existe plusieurs types de GéSen. Les indépendants (Dagashi-Ya GéSen) sont des petits cafés situés le plus souvent dans des coins reculés du Japon, qui proposent de consommer tout en s’installant à une table équipée d’un écran. Les mini Gé-Sen proposent eux entre 5 à 10 bornes et possèdent en commun avec les Dagashi-Ya une gestion familiale de l’établissement. Face aux géants, elles s’en sortent car leur localisation leur permet de ne bénéficier d’aucune concurrence, ce qui leur permet d’effectuer des tarifs moins importants (0,30€ la partie au lieu de 6,35€). Les salles indépendantes sont cependant en voie de disparition. Il y a une forte disparité entre la présence des Gé-Sen dans le milieu urbain et rural. La majorité des joueurs dépensent entre 6 à 9€ à chaque visite dans une salle d’arcade.

La cible japonaise et sa culture est très importante pour comprendre pourquoi le succès de l’arcade au Japon est si fulgurant. Le public japonais est friand de ces salles d’arcade : 60% déclarent être déjà entré dans un GéSen, cela étant dû au fait que la politique des salles s’adresse de plus en plus à la famille et pas seulement aux joueurs assidus. De plus, la culture du jeu vidéo et plus largement, celle du jeu en général, est beaucoup moins discriminée au Japon qu’ailleurs en Occident, ce qui autorise la légitimité des GéSen comme étant des lieux à la fois de rencontre, d’échange et de culture, comme tout autre lieu culturel. La discipline des japonais et leur sens du travail se sent d’autant plus chez les hardcore gamers qui peuvent devenir accrocs à certaines bornes dans le but d’exploser le highscore. De plus, les Game Centers sont toujours propres et les joueurs sont très respectueux les uns des autres, avec un niveau sonore acceptable. La pratique du « One Coin » est souvent adoptée : après avoir fait une partie, les japonais laissent la placer aux autres qui font la queue, avec un grand sens du respect. Tout le monde joue à l’intérieur des GéSen et il n’est pas rare de voir des hommes en costume, des jeunes adolescents, des ménagères ou bien des familles réunies le dimanche, pour se divertir autour d’une bonne borne d’arcade. Il peut aussi bien s’agir d’un lieu de refuge, de défi, ou même de rencontres d’où peuvent naître de fortes amitiés, d’où la naissance de certains pro-gamers notamment à Street Fighter, qui ont développé un amour pour l’arcade.

Par ailleurs, on peut trouver les machines d’arcades un peu partout sur le territoire nippon mais s’adressant le plus souvent aux enfants : dans les aéroports, les supermarchés, les Ryokans (auberge de jeunesse), les bateaux…Ces machines sont variées et peuvent se marier avec d’autres types de jeu se rapprochant davantage de ce qui peut être proposé en casino où le hasard prime. Mais un hasard cachant parfois certains éléments liés à la corruption. Il est à noter que les Pachinkos permettent de gagner des objets qui peuvent être échangés de manière illégale, à l’extérieur de l’établissement. Cela est géré par les Yakuzas, mais la police locale laisse faire.

Un Pachinko

Le but du pachinko est simple : à la manière d’un flipper, il faut projeter une bille en métal dans l’une des cavités disponibles, en veillant à marquer le plus de points et en évitant les obstacles.

 

Namco et Sega sont les premiers plus grands éditeurs à proposer un réseau de GéSen. Historiquement, cela est légitime, ces deux éditeurs ayant commencé par là avant de devenir les éditeurs actuels. Ces réseaux-là sont en majorité tenus par des éditeurs qui sont les seuls à pouvoir financer les plus grosses salles d’arcades. Les LokéTésuto qui y sont pratiqués (test vis-à-vis des joueurs avant de sortir, six mois avant environ, la version finale du jeu), permettent de savoir sans dépenser d’argent, si la future borne plaira au public, ou, dans le cas contraire, à savoir comment améliorer celui-ci. Les éditeurs voient donc en les Game Centers, de véritables laboratoires où il est intéressant de savoir si le jeu va plaire. Ainsi sont nés divers nouveaux systèmes de gameplay mais non pas moins des plus notables : les jeux musicaux, les jeux à reconnaissance de mouvement type wiimote, l’usage d’images de synthèses, etc.). Grâce à l’avènement du standard JAMMA en 1985, il ne fut désormais plus nécessaire de changer de borne pour changer de jeu, via l’utilisation de nouveaux connecteurs de cartes mères appelés PCB.

Ils sont grands, éclairés, et proposent des bornes pour tout public (lycéens, bureaucrate), proposant une ambiance différente de celles des autre salles d’arcade dans le monde. Près de l’entrée se trouve généralement des machines permettant de gagner des peluches, jetons (style fête foraine). Les différentes bornes sont regroupées en style de jeu. Les nouveautés se situent au niveau du rez-de-chaussée dans le but d’attirer l’attention. Tandis que le RDC s’adresse aux Light Gamers, le premier étage s’adresse en général à une clientèle nettement plus habituée : on y retrouve ainsi les Hardcore Gamers. La lumière y est moins présente, et la musique d’ambiance permet de faire changer d’aspect la salle en question. Les GéSen sont organisés et sponsorisés le plus souvent par des éditeurs de jeux, dans les salles de leur réseau de GéSen. De plus, les magazines spécialisés couvrent tous ces tournois en tenant au courant leur public tous les mois.

Intérieur d'un Game Center

Un exemple de salle d’arcade au Japon : vaste et aéré

 

Les GéSen sont cependant coûteux et demandent d’être localiser dans une zone à fort trafic, et stratégiquement, proche des transports en commun, pouvant faciliter l’accès au lieu. Les stations et métros sont très importants au Japon : de par les densités de population élevées à l’intérieur des villes, c’est souvent dans ces lieux que se regroupent les japonais avant de rentrer chez eux. Ils prennent peu la voiture pour des déplacements quotidiens (travail, université, école) en raison du fait que se déplacer en voiture doit aussi supposer trouver un parking où se garer, ce qui est plutôt difficile au Japon.

Le succès de l’arcade au Japon vient aussi du fait que la communication est réelle autour de cette activité : blogs, sites internet, magazines, expositions…Un véritable écosystème est établit autour de ce que peut proposer les GéSen.

Magazine de jeux d'arcade

Un numéro traitant de Tekken 6BR dans le magazine Enterbrain Arcadia Mook, Enterbrain étant spécialisé dans les jeux d’arcade au Japon

 

Exposition sur les salles d'arcade

Le Sega Private Show, une exposition sur les GéSen

 

Les GéSen doivent aussi leur succès grâce au gameplay atypique que l’on peut retrouver sur certaines machines. Les jeux de danse par exemple, proposent des tapis où il suffit de marcher sur la bonne flèche pour voir dans le jeu, le score augmenter, à condition d’avoir un bon timing. Les accessoires sont souvent de mise pour les jeux musicaux qui peuvent proposer des tambours, guitares, et autres instruments. Il en est de même pour les jeux de type course où l’on retrouve pédales et volant, mais avec en plus, un confort de jeu optimal : des sièges sont à disposition, comme si vous vous trouviez à l’intérieur d’un bolide de course, et vous pourrez ressentir des vibrations tels que le ronronnement du moteur, comme si vous y étiez. La technologie évoluant, des nouvelles méthodes de jeu sont arrivées.

Borne Dance Dance Revolution

Dance-Dance Révolution : l’un des jeux les plus populaires en arcade

 

Outre les trading cards, les jeux virtuels à cartes sont par exemple bien étonnante, bien que peu connu chez nous. A la manière de Skylanders, il convient ici de poser des cartes sur une table qui va retranscrire une action dans le jeu, la table étant munie de capteurs étant à même de reconnaître la nature des cartes que vous jouez. La série des Street Fighter est certainement celle qui est le plus pratiquée en arcade, notamment pour avoir apporté la notion de jeu multijoueur ainsi que de tournois. Le premier live remonte d’ailleurs à 1993, lors d’un championnat de Street Fighter ! Enfin, certains jeux à licence connue tels que Mario Kart Arcade GP sont exclusives aux Game Centers (ainsi qu’au Japon), ce qui permet d’apporter une originalité supplémentaire aux GéSen.

Wheel of Eternity

The Wheel of Eternity, développé en coopération avec Square Enix par Taito, est un card game intéractif

 

A ce titre, l’offre en arcade est très importante et offre un large choix en ce qui concerne les simulateurs (jet ski, voiture, avion, course à cheval, etc.). Les « Purikula » proposent une autre alternative au jeu, via des photomatons performants et proposant toute sorte d’effets. Ils sont toutefois très surveillés, au risque de certains débordements pervers. L’interface de la borne au sein d’un Game Center est exclusive au jeu et permet d’attirer davantage le regard que si une simple console s’y trouvait. Du point de vue du gameplay, les jeux d’arcade sont aussi très spécifiques : il convient d’en faire des jeux avec un gameplay accessible et adapté. Une borne d’arcade n’a qu’une seule partie pour convaincre, sans quoi le joueur ira voir sur la borne concurrente s’il se sent déçu. Par conséquent, les cinématiques sont inutiles et les menus proposés doivent être un maximum simple et rapide d’utilisation. La priorité est donnée au jeu, parfois à la compétition, et celui-ci ne doit pas rebuter le joueur en termes de difficulté qui doit pouvoir éprouver du plaisir en y jouant. Le fait de proposer des titres différents, accessibles, pour tous, mais aussi capable de capter l’attention ainsi que la curiosité du joueur sont des éléments cruciaux à prendre en compte. Il faut que le fun éprouvé soit présent dès la première partie, et que le jeu puisse proposer une certaine rejouabilité, qui plus est, rapide ainsi que des contrôles simples.

En conclusion, de par sa culture, le sol japonais a été un facteur important dans le succès du développement des Game Centers aussi appelés GéSen. Que cela soit en raison de son histoire, de son économie ou encore de la démocratisation du jeu vis-à-vis de la culture nippone, les salles d’arcades japonaises subsistent et continuent de fasciner bon nombre de joueurs, qui y voient là, un endroit idéal pour se retrouver et partager des bons moments, aussi bien contre des adversaires ou bien en famille. Même si les GéSen ont traversé plusieurs crises, et que les salles indépendantes ferment peu à peu, ces salles d’arcades sont bénéfiques aussi bien pour les éditeurs que pour les joueurs, qui y voient là, pour les uns, une manière de tester leur produit, et pour les autres, une d’essayer les dernières nouveautés…Tout en s’amusant.

 

Game Center & Fréquentation

La salle d’arcade restera un lieu convivial où l’on peut se retrouver, entre amis ou famille.

 

Un extrait du film 100 Yens, illustrant ce que sont et apportent aux joueurs les GéSen au Japon :

 

Sources :

http://www.ubergizmo.com/2007/09/wheel-of-eternity-goes-hi-tech/

http://www.jeuxactu.com/100-yen-un-docu-video-sur-les-salles-d-arcade-au-japon-87225.htm

http://www.jeuxvideo.com/dossiers/00008790/l-arcade-au-japon.htm

http://promenades-japon.blogspot.fr/p/liste-des-meilleures-salles-darcades-de.html

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