Chapitre 2 - Attentat

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Le Lac des Miracles est la source d’eau la plus pure de Néo Célestia. On raconte qu’autrefois, les bienfaits de ses eaux permettaient de guérir certaines maladies incurables des humains, d’être purifiés de ses pêchés, et même d’avoir la grâce des dieux. Depuis l’arrivée des Anges sur le continent, le lac est interdit d’accès pour des questions de protection de l’environnement, mais certains racontent qu’il possède toujours ses propriétés magiques.

Un coup d’estoc puis une ouverture vers la droite.

« Trop lent. Tu es trop lent Jemmy. »

Vint ensuite une roulade en avant, puis un contre pour bloquer l’offensive qui venait d’une épée en bois.

« Inutile. Ce n’est pas encore ça. »

Un claquement de doigts et une tornade plus tard, Jemmy Mauvich, un élève parmi les nombreux étudiants de l’Académie, se retrouvait les fesses au sol en raison d’un puissant sort lancé par son professeur : Luka Newton. L’homme au costume marron et à la cravate verte soupira, refermant le vieux grimoire qu’il était en train de lire tout en se battant. Il essayait désespérément de finir ce chapitre qui portait sur “Les Secrets de l’Etherna : Chapitre IV – La réaction chimique subatomique de l’orarétium”, une substance aux propriétés magiques que l’on ne retrouvait que dans cette région. Luka se dirigea vers son élève, et malgré son air autoritaire, lui tendit sa main pour l’aider à se relever.

« Et c’est en étant si maladroit que tu comptes partir de cette ville avec ta soeur ? lui demanda-t-il sur un ton fortement ironique.

- Je vous l’ai déjà dit…..Peu importe combien il m’en coûtera, mais j’offrirais à ma sœur cette vie que nous n’avons pas pu avoir.

- Tant de sensiblerie réussirait presque à m’émouvoir. En attendant, pour toi jeune homme, ce sera dix exercices supplémentaires.

- Oh mais non !

- …Et on ne discute pas les ordres, s’il te plaît. »

Voilà maintenant près de plus d’une dizaine d’années que le brillant directeur qu’était devenu Luka, dirigeait cette école. Il avait réussi à atteindre son rêve, en gravissant les différents échelons, et en accomplissant avec brio les épreuves de fin d’années qui attendaient à chaque fois les élèves. Aux yeux de ces derniers, le directeur imposait le respect : nombreux étaient ceux qui souhaitaient imiter son talent en lisant les mêmes ouvrages, en s’inscrivant aux mêmes cursus où il avait pu se rendre, et enfin, en cherchant à maitriser les mêmes techniques. Une véritable légende vivante, c’était le moins que l’on puisse dire. Il était devenu un exemple aux yeux de tous, malgré les quelques défauts de parcours qu’il avait pu connaître et dont il ne parlait jamais. Pour arriver à un tel niveau de maîtrise, les élèves devaient travailler fort. Parfois il s’agissait d’épreuves de force, d’autres fois de réflexion ou encore de vitesse. L’Academie d’Eterna, désormais connue sous le nom de l’Academie de Neo-Celestia depuis ces quelques années, était reconnue dans tout le pays : elle permettait à quiconque la rejoignait, de s’inscrire dans plusieurs corps de métier qui servaient le pays et faisaient la fierté de ses habitants.

Il existait trois grandes sections dans cette école. La première, appelée “Purificateurs”, consistait en cinq années d’études, avec spécialisation, à apprendre les rudiments de la magie blanche et à acquérir des connaissances médicales sur les méthodes de tout le continent. Il y était même possible, voire conseillé, d’adopter un animal au sein de l’établissement. Différentes classes de familiers étaient autorisées dans l’enceinte, mais ils ne devaient pas excéder plusieurs mètres ni être trop puissants. Cela allait de soi pour la sécurité des étudiants. Enfin et surtout, ils n’étaient pas autorisés pendant les cours. Luka, convaincu que la communication entre un familier et son maitre permettait d’obtenir un savoir plus que riche, n’avait autorisé la présence des familiers dans l’établissement que très récemment, ce qui avait considérablement renforcé le nombre d’inscrits chez les Purificateurs ces dernières années. Ainsi, outre les cours de dressage et de culture générale, les Purificateurs étaient amenés à se spécialiser dans la maîtrise d’un élément, et au développement de l’etherna, énergie partagée et exploitée différemment entre les Anges et les Humains depuis des millénaires. En somme, les Purificateurs représentaient les médecins, les sages, et les savants de la Cité.

La seconde catégorie, elle, réunissait plutôt ceux qui avaient une vocation pour la défense du territoire, du sacrifice, et du passage à l’action. Certains enfants qui rêvaient depuis tout petit de devenir des héros rêvaient de rejoindre le groupe des “Protecteurs”, ces militaires armés, qui faisaient en sorte de faire régner l’ordre, dans les murs de la cité mais aussi en dehors. Les Protecteurs possédaient tous, à l’exception de certains grands maîtres, une armure obligatoire, et un équipement qui mélangeait à la fois le savoir-faire humain mais aussi angélique. La magie y était aussi enseignée, mais dans une moindre mesure que le combat aux armes blanches, aux armes à feu, au corps-à-corps comme à distance. Avant leur fusion, les plus brillants Protecteurs étaient amenés à fonder leur guilde ou à en rejoindre une. Appréciés de tous, ils formaient la classe d’élite à l’intérieur des murs de cette Académie.

Enfin, les “Patrouilleurs”, servaient d’appui au premier et au second groupe. Leur discrétion, leur talent d’espionnage et de rapidité, permettait aux Patrouilleurs de faire le lien entre les Purificateurs et les Protecteurs sur le champ de bataille : coursier, espion, mécanicien, mais aussi garde de nuit, les Patrouilleurs permettaient de veiller au respect de l’ordre, tandis que les Protecteurs l’appliquaient et les Purificateurs l’enseignaient.

Avec l’apparition fréquente des démons sur le sol d’Éterna, la dimension militaire et combative de l’Académie avait été renforcée. Néanmoins, pour en préserver sa prestance, et pour honorer son ancien groupe, Luka essayait tant bien que mal de donner l’image d’une école de formation qui était avant tout réservée aux Protecteurs. Cela faisait bien longtemps qu’il ne se battait plus, passant ses journées à s’occuper de la paperasse administrative de ce gigantesque château en pierre à l’intérieur même où avait été construit l’Académie. Certains politiques lui avaient même reproché de fuir la réalité de la capitale et ce qui avait pu se passer, mais c’était presque à chaque fois que Luka répondait par un long silence particulièrement poli. C’était ainsi, il préférait l’enseignement à l’action, et c’était un véritable honneur pour lui de pouvoir transmettre ses connaissances, même si les élèves ne se montraient pas toujours réceptifs, en dehors de ceux qui l’admiraient. C’était notamment le cas de Jemmy Mauvich qui souhaitait en finir le plus vite possible avec ses études pour pouvoir partir de la ville. Seuls ceux qui finissaient leurs études à l’Academie pouvaient avoir l’autorisation de partir en direction des Terres Hostiles. Malheureusement pour le jeune homme aux cheveux verts qui n’en était qu’à sa deuxième année, le chemin s’avérait encore bien long.

« Malgré ce qui a pu se passer la nuit dernière, c’est une bien belle journée. » pensa Luka en arpentant les couloirs labyrinthiques de l’Academie.

L’architecture intérieure était particulièrement évoluée. Alors que de l’extérieur, le château prenait une apparence plutôt gothique, encastrée dans une haute et ancienne montagne, l’intérieur était tout autre. Des lampes alimentées à l’etherna permettaient d’avoir ce rendu bleuté lorsqu’on se promenait à l’intérieur des couloirs. Le sol était recouvert de dalles en marbre, s’accordant harmonieusement avec les colonnes qui en étaient elles aussi constituées. On retrouvait aussi de nombreux tapis et décorations d’époques, propres à certaines tribus de la région de Spyrit, qui aujourd’hui, n’existait plus. À cette riche et décadente décoration, s’ajoutait une technologie particulièrement poussée : aux roues dentées et moulins à eau qui alimentaient autrefois le château en énergie, on trouvait désormais des machines et des longs tuyaux qui récoltaient l’énergie du sol pour la transformer soit en chaleur, soit en électricité. Certaines portes étaient automatiques et marquaient le passage de bons nombres d’élèves de l’école. Quant aux grands érudits qui travaillaient ici, leur fonction première était la recherche et la maintenance du savoir. Hommes comme anges, pouvaient passer des journées entières à numériser virtuellement des livres pour pouvoir en conserver leur savoir. La guerre avait tant fait perdre en connaissances, en science et en technique, et comme on redoutait que cela arrive de nouveau, ce choix avait été fait.

L’ère technologique que connaissait Neo Celestia était à son paroxysme, et tout le monde s’enchantait des progrès qui avaient pu être fait, notamment en médecine : on savait à présent soigner la “maladie des anges”, qui détériorait un corps inapte à en supporter les pouvoirs. Mais Luka, lui, en secret, ne s’en réjouissait pas vraiment. Seul à l’intérieur de son siège en velours rouge carmin, Luka Newton continuait de feuilleter ses vieux grimoires en papiers, à la recherche de formule magique qu’il ne connaissait pas. Il craignait qu’un jour ou l’autre, cette harmonie entre les deux peuples et cette fusion soudaine des cultures ne créent d’autres problèmes.

Après avoir donné ses conseils lors de l’entrainement que Luka avait donnés à plusieurs élèves Protecteurs, voilà qu’il s’était donc enfermé de nouveau dans son bureau. Après avoir glissé la clef dans la serrure, il la plaça dans sa poche, et commença à sortir une grande boite du haut d’une étagère poussiéreuse. Il aimait la tranquillité et qu’on le dérange pas, lorsqu’il se plongeait dans des longues et interminables recherches.

« Mmmh…Voyons voir si le nom de ce démon est connu du registre. »

Posant son index sur la page du sommaire, Luka se mit à analyser méticuleusement les différentes pages de cette bible à la recherche d’indices évoquant un certain « Cerbère ». Certes, sa collection d’ouvrages anciens ne rivalisait pas une seule seconde avec la Bibliothèque du Ministère, mais au moins, il espérait pouvoir en obtenir des indices. Luka tourna les pages les unes après les autres, puis après quelques minutes, tomba enfin sur des faits intéressants. Le chapitre sur lequel Luka s’arrêta mettait en scène différentes classes de créatures et en offrait des descriptions variées, un peu à la manière d’une encyclopédie. Des créatures aquatiques du mont Yris, aux harpies cachées dans les vallées sombres de la région de Hel, cet ouvrage donnait un panorama des formes de vies qui se terraient autrefois en Eterna, et pour la plupart, qui étaient encore en vie. Parfois légende, parfois créature existant réellement, les pages du livre donnaient à l’interprétation et au fantasme. Malgré tout, le regard du directeur s’arrêta brusquement sur l’une des descriptions, dont les représentations étaient étrangement variées : tantôt une femme au visage squelettique, tantôt une bête difforme assoiffée de sang, plusieurs témoignages racontaient qu’ils avaient croisé cette forme changer d’apparence sous leurs yeux. L’appellation « démon » était même donnée en bas de la page, ce qui interrogea fortement son lecteur. Ces créatures n’avaient fait leur apparition que récemment, et il était fortement intriguant qu’un tel ouvrage en fasse référence. Luka posa son index sur l’une des représentations de la créature pour l’observer, tourna la page, et tomba sur l’un des noms qui lui avaient été donnés : « Cerberus ».

« Cela faisait bien longtemps que notre chef attendait de pouvoir se venger. Les humains ont toujours été des obstacles mais…On dirait bien que les temps changent. »

Une voix inhumaine vint rompre le silence qui s’était installé, et instantanément, Luka releva la tête. Au fond de la pièce, là où une forte obscurité s’était installée, une curieuse silhouette en armure s’avança vers le centre de la pièce. Il s’agissait d’un robot blanc, portant des pièces d’armures semblables à celles des Protecteurs mais en plus développées et affinées. La silhouette était coiffée d’un masque en forme de bec à oiseau, donc la longue coque dorée donnait un air plus que menaçant au bipède. Équipée de deux réacteurs dans son dos qui étaient à l’arrêt, Luka comprit aussitôt qu’il fallait s’en méfier. Ouvrant sa main droite, son fidèle grimoire lui revint aussitôt en main.

« Je ne m’attendais pas à recevoir des visiteurs. Que faites-vous ici ?

- Je viens récupérer ce que nous cherchons depuis des années. Et la bonne nouvelle, c’est que c’est vous qui l’avez. La mauvaise…C’est que si vous refusez de coopérer, cher directeur, je serais dans le regret de vous mettre une bonne correction. Évitons que cela ne finisse par la force, voulez-vous bien ?

- Navré de vous décevoir, mais vous avez un sens de la politesse qui m’échappe…».



Tout à coup, l’homme aux lunettes tapa dans un coin de son bureau et renversa la table en direction du robot aux réacteurs. Celui-ci fut sonné pendant quelques minutes : un temps suffisant pour Luka pour la préparation de l’un de ses sorts fétiches : l’incendia. Entouré d’une lumière rougeoyante, le magicien concentra son pouvoir pour lancer sur son agresseur une boule d’énergie dont le centre renvoyait sur les murs une lueur dorée. Le robot ouvrit les bras, dégagea la table en la faisant voler jusqu’à l’opposé de la pièce, puis mit en marche ses réacteurs. Il ne lui fallut que quelques secondes pour traverser d’un bout à l’autre la pièce et pour se projeter sur sa cible. Luka fut emporté dans la chute, mais lorsqu’il plaça sa main au sol, une colonne de pierre s’interposa entre les deux, permettant de bloquer les balles tirées par la mitrailleuse qui venait d’apparaître sur le robot, derrière un orifice. Décidément agacé par le comportement de celui qu’il poursuivait, l’oiseau métallique lança ce qui s’apparentait à un œuf de l’autre côté de la colonne : on aurait pu croire à un projectile inoffensif qui venait de manquer sa cible, mais il s’agissait en réalité d’une grenade ! Un bip significatif résonna dans le bureau puis deux secondes de silence s’installèrent avant le déluge : le souffle de l’explosion balaya la porte verrouillée, tandis que la bulle protectrice que Luka venait de créer le fit se relever rapidement pour se diriger en direction de la sortie.

« Je ferais mieux de partir d’ici au plus vite avant qu’il y ait des blessés ! »

L’ex-Purificateur prit rapidement la direction du couloir, à la recherche d’une fenêtre entrouverte et passa rapidement de l’autre côté. L’oiseau était sur sa trace et il pouvait aisément entendre les cliquetis métalliques de son équipement qui lui indiquait qu’il allait finir par le rattraper. Luka sauta pour atterrir au niveau de la cour extérieure de l’établissement : un pavé composé de verdure et de petits arbustes, rafraichis par deux fontaines qui se trouvaient à chaque extrémité. Relevant ses lunettes sur son visage, son grimoire ouvert vers la fin à la section « arts mystiques », Luka entonna un nouveau sort, tout en étant toujours entouré par cette fameuse lumière.

« Forestare ! »

Aussitôt après l’invocation de ce sort, des racines commencèrent à s’élever du sol comme si la végétation prenait vie. Un petit arbre se forma rapidement avant de devenir gigantesque et d’être pourvu de longues et solides branches vivantes, qui n’hésitaient d’ailleurs pas à s’emparer du robot dès qu’il fut à bonne distance. Luka claqua des doigts après avoir rangé son grimoire et fit apparaître une lance recouverte d’un vernis rouge, au sommet de laquelle se trouvait un cristal très rare. La lance fut dirigée vers l’oiseau et un éclair rouge en frappa la tête, en faisant tomber son casque au sol. L’identité de son adversaire fut ainsi révélée.

« Je ne pensais pas être capturé si rapidement…

- …Une femme dans le corps d’un robot, mmh…C’est original. »

Le directeur était perplexe : qui pouvait bien être cet étrange personnage ? Luka l’observa pendant quelques minutes. Une femme plutôt jeune, dont les cheveux formaient une frange, couleur prune. Cette armure avait été conçue sur mesure pour elle, l’aidant ainsi à développer des compétences au combat hors pair. Elle possédait une agilité que Luka n’avait jamais vue encore. Ses déplacements ne ressemblaient en aucun cas à ce que l’on enseignait dans l’Académie, par conséquent, elle devait provenir des Terres Hostiles. De nouveau, le mage prit la parole :

« Tu n’es pas du coin, n’est-ce pas ? C’est donc ce vieux livre rempli de contes pour enfants que tu recherches, et tu as fait tout ce chemin pour le récupérer…

- Vous savez tout autant que moi que ce n’est pas un simple ramassis d’histoires pour gamins. Il s’agit du dernier vestige de mon peuple, et je suis prêt à tout pour sauver leur honneur. Honneur que vous, anges, n’avez que maintes fois détruit. Moi, Gaya Richmond, je vous promets que vous ne rentrerez pas sain et sauf si vous ne me le remettez pas sur-le-champ ! »

Des éclairs pourpres se dégagèrent cette fois au niveau de l’armure de la voleuse. Marquant d’abord un V au niveau de ton torse, ses équipements volèrent en éclats lorsque l’aura qui l’entourait atteint son intensité maximale. De sa simple apparence de volatile, elle se transforma en un espèce de faucon, les ailes bien plus déployées et ses réacteurs bien plus rapides.



Ces derniers s’activèrent, brisant au passage les branches qui essayaient de la retenir, puis elle plongea en direction du mage, toujours protégée par sa bulle protectrice. Luka se retrouva contre le sol, son grimoire de sorts tombant avec lui, tandis que l’artefact tant recherché était caché quelque part dans le costume qu’il portait. Face à face, Gaya le fusa du regard, avant finalement de le frapper au visage. Du sang s’écoula de trois griffes visibles de son visage d’enfant, alors qu’il n’était plus très jeune.

« Et si je vous abimais un peu, monsieur le Directeur ? »

Un premier coup, puis un second. Luka ne broncha même pas sous l’impact de la douleur. De par la maladie des anges qui l’avait affecté, il ne ressentait pas grand-chose. En revanche, elle commençait sérieusement à l’agacer. Lors du troisième coup, le bras du mage se leva, arrêtant instantanément le poing du robot. Levant la voix avec la formule « espera », une rafale de vent qui prit la forme d’une tornade repoussa le robot et le traina au sol. Malgré qu’il ait laissé son grimoire au sol, cela n’empêchait pas le mage d’utiliser encore de puissants sortilèges contre ses ennemis : après tout, il avait été longuement entrainé pour cela. Ses réacteurs qui soulevèrent un nuage de poussière l’aidèrent rapidement à se stabiliser et à se maintenir en l’air, en aidant la fille à se relever. Pestant contre le « maudit mage », Gaya activa l’un des modules de sa puissante armure, et un casque en forme de faucon acheva de compléter sa nouvelle tenue. Ses yeux se mirent à luire, comme si une quantité de données astronomiques était en train de la parcourir, afin de calculer les différentes probabilités qu’elle avait de le toucher depuis cette distance. En un instant, ses réacteurs la propulsèrent dans sa direction, et défoncèrent le mur de racines que Luka venait de dresser. Le mage fut pris avec elle, en direction du mur sud de l’Académie qui se trouvait éloigné d’ici à environ une centaine de mètres. La vitesse vertigineuse qu’elle venait d’atteindre faisait peur à voir.

« D’abord, je vais vous fracasser contre cette structure, puis vos os exploseront. Et une fois que j’en aurais fini avec vous, je m’en prendrais à votre chère école qui abrite un bon nombre de traitres ! »

Luka essaya tant bien que mal de prononcer quelque chose et de trouver une solution, mais tout se passa très vite : le mage se retrouva au sol, et roula sur une bonne distance avant de s’écraser près d’un arbre qui vint ralentir sa chute. Lorsqu’il reprit conscience, il vit ce faisceau lumineux tiré en provenance de l’entrée de l’Académie, près de l’une des fontaines. Ils étaient finalement arrivés à temps !

« Professeur, on arrive ! » s’écria Lyn, armé d’un fusil futuriste dont le canon dégageait une quantité importante de fumée. Ce dernier changea de forme et prit celle d’un petit garçon : Lyn et Key étaient en train de venir à son secours. Du côté du faucon, la masse qui vint s’abattre sur la cible, la plaqua instantanément au sol, suivi d’un rire grave.

« Eh beh…C’est pas passé loin cette fois ! , fit Asgard, la mine souriante, comme toujours.

- Le réveil d’une Déesse, des menaces de la part d’un Démon mystérieux, et maintenant un robot fou qui nous attaque…Je pense que l’on a raison de reprendre du service. » déclara avec une grande satisfaction Alice qui posa le talon de sa botte violette sur le corps du robot au sol, qui semblait avoir perdu connaissance. Rapidement, Luka vint rejoindre le duo, et le groupe se réunit autour de la cible neutralisée. De l’autre côté, les étudiants commençaient eux aussi à s’approcher : tout ce grabuge n’avait pas manqué de faire venir du monde…Luka ramassa son grimoire, épousseta la saleté de ses vêtements, puis s’empara du nouveau casque de son hôte pour l’examiner. Les autres furent à leur tour surpris de constater que l’attaquant du directeur ne soit autre qu’une jeune fille.

« Mmh…C’est étrange, je ne reconnais pas la technologie qui alimente son armure. Mais c’est du travail de précision. Unique. Ceux qui l’ont envoyé ici n’ont plus de contact avec ce continent depuis bien longtemps. Elle m’a dit qu’elle était à la recherche de ce livre dans lequel j’ai trouvé des informations sur notre fameux démon. Par conséquent, elle a un lien avec toute cette histoire. Nous allons la garder au Ministère pour lui soutirer quelques informations.

- Mais…Vous n’avez pas peur de représailles ? Vous venez de dire vous-même que son peuple n’avait pas de lien avec Neo-Celestia… s’inquiéta alors Lyn, tout en posant sa main dans les cheveux de Key. C’était lui le premier à avoir donné l’alerte concernant le fait que Luka ait été en danger et elle était vraiment fière de lui.

- Nous en craignons déjà de la part des démons. Nous avons besoin de ces informations pour agir, après quoi nous la relâcherons si elle accepte de coopérer avec nous.

- Eh bien…quelque chose me dit qu’elle ne manquera pas de goûter de nouveau à Mama si elle tente de s’enfuir, hahaha ! dit Asgard tout en rangeant sa masse dans son dos. Seul un gaillard comme lui pouvait se permettre de la porter.

- À ce propos, fit Lyn, nous devons nous aussi vous parler. Une attaque se prépare en direction du Lac des Miracles. Nous souhaitions d’abord vous en faire part avant d’agir, mais je ne m’attendais pas à de nouvelles complications…

- Le Ministère m’en a informé et est déjà sur le coup.

- Ah bon !

- Oui. Pour l’heure, vous devriez vous reposer ici, et nous allons voir ce que l’on peut faire. Là-bas, ils auront sans doute besoin de renforts alors votre groupe sera d’une aide importante ! Nous allons en parler dans mon bureau. Veuillez me suivre.

Lyn échangea un regard avec Key et Asgard, tandis que Alice, la magicienne, manqua de perdre le groupe car trop occupée à essayer de geler un pauvre papillon qui s’épanouissait de son premier envol dans la nature. Une fois sa tâche accomplie avec brio, non pas sans un mince sourire, elle rejoint ses camarades, essayant de se frayer une place à travers la foule d’étudiants qui ne cessaient de chuchoter « ça y est, l’Académie est fichue », « ils vont tous nous mobiliser pour la guerre », « je veux rentrer chez moi ». ...

« Pfeuh, tous des peureux… » pensa à voix haute la fille au chapeau pointu, qui avait une sainte horreur de la foule et des jeunes boutonneux. « Au moins, ça vous fera un peu d’exercice pratique ! » lança-t-elle à la foule avant de refermer la grande porte en bois derrière elle, et d’en déguster la mine haineuse des étudiants de l’Académie. Elle le savait au fond…que ce n’était que le début des soucis. Mais au moins, à présent qu’elle se trouvait ici, son enquête allait pouvoir commencer. Et elle aussi, elle ferait payer les responsables.

Jusqu’au dernier.

À Suivre.