Fragment de Vie

Téléchargez le chapitre au format .pdfFaites défiler le fond et le texte pour lire. Faites défiler le fond et le texte pour lire.

Il était une fois un Royaume. Dans ce Royaume, vivait une Princesse.

La Princesse était belle. Sans doute la plus belle beauté de tout le Royaume. De longs cheveux bruns ondulant au gré du vent qui s’engouffrait à l’intérieur des fenêtres de la tour les jours de beau temps, des yeux verts pétillants de vie et un bandeau blanc qui lui recouvrait les cheveux, dévoilant un visage dont le sourire pouvait illuminer le cœur de celui qui l’observait.

Désespérément seule à l’intérieur des murs de son château, celle-ci attendait qu’un Prince fasse son apparition dans la ville. Lui qui venait de l’extérieur, lui qui aurait bravé bien des dangers pour parvenir jusqu’aux portes du château…Elle se disait que grâce à lui, elle pourrait quitter cette chambre noire dans laquelle elle passait ses jours. Mais la belle Princesse n’en était pas à son premier garçon, et jusqu’ici, tous les autres prétendants avaient terminés leurs jours au fond des geôles du château. La jeune femme n’était pas heureuse et en voici la raison : elle était atteinte d’une terrible malédiction qui lui avait été transmis, dès la naissance, par une cruelle sorcière, ennemie du Royaume et de la Reine.

« Désormais, ta fille sera condamnée. Elle apportera le malheur autour d’elle, quoi qu’elle fasse. Et elle ne pourra y échapper, tout simplement car elle aura besoin des autres. » fit la sorcière dans son dernier souffle, avant que la Reine ne l’exécute.

Tout cela se passa à la naissance de la Princesse : on racontait cependant qu’il s’agissait d’une légende qui circulait à travers tout le Royaume, mais la jeune fille était bien forcée d’y croire. Elle ne comprenait pas pourquoi, elle n’arrivait pas à garder ce sourire qui pourtant, lui allait si bien. Parfois, elle se disait qu’il n’était là qu’en guise de miroir. Un miroir protecteur qui lui permettait de renvoyer un autre visage d’elle à ses sujets, et de les conforter quant à sa santé. Parfois encore, les ténèbres venaient s’installer dans son cœur sans qu’elle ne comprenne pourquoi, des idées étranges lui venant en tête. Elle n’aimait pas non plus en parler, en fait, elle s’était même presque habitué à ce simple fait : celui de ne pas pouvoir avoir le droit d’être heureuse. La Reine, quant à elle, ne dit mot sur cette histoire, lui répondant tout simplement qu’il ne s’agissait que de bavardages de quartiers et de commérage. Et pourtant. La Princesse était bel et bien seule, incapable de s’évader d’ici.

Cependant.

Un jour, le Prince du Royaume voisin vint à sa rencontre. Un garçon qui faisait le même âge qu’elle, blond aux yeux bleu. Son seul défaut qu’elle pouvait lui trouver était sans doute son nez en pâté. Il aimait lui raconter qu’une fois, il était tombé en s’amusant dans un parc, et que depuis, son nez avait pris cette forme. Elle ne le croyait pas. Elle et lui avaient depuis toujours été amis d’enfance et elle savait qu’il était un bon blagueur. Raconter des histoires, la faire rire, voilà ce qu’il avait fait depuis tout ce temps, depuis qu’il la connaissait. Alors qu’il s’agissait d’une période de paix, le Prince décida de l’inviter à la Colline aux Lumières, lui avouant que l’on ventait les propriétés magiques de ce lieu.

« Tu sais ce que l’on raconte à propos de ce lieu ? lui demanda le jeune homme.

_Pas du tout mais…Tu vas me le dire !

_Il a le pouvoir de faire rire les gens et de les faire sourire. En plus, demain, on pourra assister à la Pluie d’Étoile annuelle ! …Et j’ai vraiment envie de te montrer ce lieu. Là-bas, j’aurais aussi quelque chose à te dire…

_Très bien…Dans ce cas…On se dit à demain ! »

« La Lune est vraiment magnifique ce soir…Tu ne trouves pas ?... »

Le fameux soir était donc arrivé. Le Prince avait donné rendez-vous à la belle sur cette fameuse Colline qui rassemblait ce soir-là de nombreuses personnes. Comme il s’agissait du début de l’été, la température y était particulièrement agréable, et une brise légère venait d’ailleurs de se lever, venant caresser le visage des deux enfants.

Allongé dans l’herbe aux côtés de la Princesse, le Prince fixait calmement, en sa compagnie, la voûte étoilée. Cette nuit-là, il pouvait affirmer qu’elle fut plus belle que jamais. Et il ne pensait pas cela que pour le ciel d’ailleurs. Depuis qu’ils s’étaient retrouvés, ils avaient parlé de la pluie et du beau temps, de leurs conflits récents avec leurs parents qui les ennuyaient de leur histoire d’adulte et de « responsabilité du Royaume », sujet qui revenait bien trop souvent ; ou encore de Gripsou, le chat de la Princesse qui n’avait toujours pas réussi à capturer cette fichue souris depuis le temps qu’il lui courait après ! Les minutes s’écoulèrent au gré des rires, des sourires que tous les deux se lançaient, chacun racontant ce bout d’histoire qui lui tenait à cœur, écoutant attentivement ce que l’autre avait à raconter avant d’enrichir la conversation à son tour.

Le Prince leva ses mains et les joignirent, capturant l’astre lunaire en son centre, avant de poser sa question à la jeune fille qui peinait à répondre. Elle, elle trouvait que la lune lui ressemblait. Elle était belle, mais souvent dans l’ombre du soleil. On ne la remarquait que la nuit, et encore, si l’on prenait le temps de s’arrêter, loin de la ville et de son agitation, afin de l’observer. Elle brillait elle aussi, lumineuse et entourée de nombreuses étoiles…Tournant la tête légèrement, elle quitta sa réflexion pour répondre au garçon avec un sourire cordial.

« Oui, c’est vrai. Je ne prends pas beaucoup le temps de l’observer d'habitude, mais d’ici on la voit bien. »

« Je suis d’accord avec toi ! Avec toutes ces affaires de guerre et de royaumes, je n’ai plus vraiment le temps de profiter de ce genre de spectacle. Je te remercie vraiment de m’avoir accompagné... »

« Tu sais, ça me fait plaisir aussi. Ma mère…Elle ne me parle pas beaucoup. Alors ça me fait du bien d’être loin du château. »

Le garçon lui renvoya le sourire, laissant tomber ses bras autour de lui alors qu’ils étaient toujours tous les deux allongés dans l’herbe. Il ne se lassait décidément pas d’observer le ciel. Il tourna légèrement sa tête pour observer la Princesse, puis se mit sur le ventre, lui faisant désormais face. Elle était resplendissante, surtout avec ce bandeau dans les cheveux. A la lumière du jour, elle l’était déjà, mais une ambiance toute particulière se dégageait en cette nuit d’été, sur le haut de cette colline, qui lui permettait de l’apprécier encore plus. Pour la première fois depuis le début de cette soirée, le silence s’était installé, et tous deux communiquaient avec le regard. La Princesse avait beau être parfois timide et ne pas parler beaucoup, lui n’avait pas besoin de plus pour la comprendre. Il ressentait.

C’était tout ce qui comptait.

« D’ailleurs. Cette fameuse chose que tu voulais me dire. C'est quoi ? »

Alors que le silence s’était installé, la Princesse décida de le rompre. Le garçon hésita à répondre et c’est à cet instant que la pluie d’étoile qu’ils attendaient pointa enfin le bout de son nez : des lumières bleutées, rougeâtres ou encore jaunes défilèrent à toute allure, se jumelant à l’atmosphère apaisante de cette douce soirée. Un spectacle magnifique qui fit retomber le silence pendant quelques instants. C’était en assistant à ce genre de phénomène que l’on pouvait affirmer que la nature était belle. Et pourtant, malgré ce qui était en train de se passer face à eux, le garçon décida de se lancer.

« Eh bien…Tu vois…Comment dire… »

La jeune fille le fixait droit dans les yeux. Pris au piège, il ne pouvait plus reculer. De toute façon, c’était bel et bien sa faute s’il s’était mis dans de tels beaux draps. Il ne voulait certes pas gâcher la magie de cette situation mais quelque part, c’était peut-être le bon moment ? Il ferma les yeux et se rappela alors ce que l’on racontait à propos de ce lieu : « La Colline aux Lumières…Elle a le pouvoir de faire rire et sourire les gens… ». Oui, après tout, lui-même lui avait raconté ça. Alors, il était temps de vérifier si cela allait fonctionner.

« Cela fait longtemps que l’on se connait…Et je me disais…Je me disais…Peut-être que l’on pourrait recommencer cela plus souvent…Peut-être que je pourrais t’amener en dehors de ton Royaume…Peut-être que je pourrais te faire plus souvent sourire…Si tu me laissais devenir ton Cavalier…

_Mon ‘’cavalier’’ ?... » s’étonna la jeune fille en répétant ses paroles. Ça alors, une déclaration, en un moment pareil !

Elle était totalement prise de court. Elle qui l’avait connu depuis son enfance, elle qui avait passer tant de temps en sa compagnie…Voilà qu’il nourrissait des sentiments pour elle. Que devait-elle en penser ? Ressentait-elle elle aussi quelque chose pour lui en ce moment même ? Malheureusement, cela faisait bien longtemps que la jeune fille n’avait pas été capable de sonder ses propres sentiments. Sans doute avait-elle été trop détruite par les autres pour s’en rappeler. Paradoxalement, alors qu’elle-même était à la recherche de ce sentiment…comment diable pouvait-elle le trouver ? Alors qu’elle leva la tête en direction des étoiles pour fuir une quelconque réponse, le garçon s’approcha d’elle, et posa une main contre son cœur. Il fit de même sur son torse, et s’approcha d’elle, tandis qu’on entendit au loin plusieurs explosions, comme des feux d’artifices.

« Le cœur…C’est peut-être ça, la dernière des choses qui peut mentir. Et si tu te concentres, tu peux ressentir le mien…Comme cela…Tu sauras ce que je veux dire… »

Il y avait-il une différence entre le battement de son cœur et le sien ? A vrai dire, la jeune fille n’eut pas le temps de le savoir : à peine ressentit-elle les battements du Prince qu’elle retira à toute vitesse sa main. Une larme coula sur son visage, tandis que le Prince s’étonna de ce changement soudain d’attitude. Il s’empressa de lui demander ce qui était en train de lui arriver, et faisant mine de vouloir le rassurer, la jeune fille hocha la tête.

« Je ne veux pas…Je ne peux pas…Tu devrais le savoir…On m’a retiré le droit de pouvoir être heureuse sur cette terre. Peu importe le Royaume où j’irais, ou quand bien même avec qui j’irais, ça ne changera absolument rien !

_C’est faux ! Tout ça, ce sont des histoires. Des histoires qu’« elle » t’as mis en tête ! J’aimerais te montrer le contraire… Te montrer combien la vie vaut la peine d’être vécue. Te montrer combien tu peux illuminer ma vie, et vouloir qu’elle puisse s’illuminer avec toi. J’aimerais tant que…

_Assez ! »

D’autres explosions provoquées par les feux d’artifice résonnèrent. Désormais, ce n’était pas qu’une larme qui recouvrait le visage de la Princesse mais bel et bien des sanglots. Alors qu’elle pensait passer une soirée agréable, qui saurait changer son quotidien, voilà qu’une amère sensation de déjà vu se présentait à elle. Elle n’en voulait pas, elle refusait cela…La jeune fille remarqua qu’elle avait effrayée le garçon qui venait de reculer d’un pas. Elle fit baisser d’un ton sa voix puis tenta de s’excuser. Derrière eux, des couleurs par milliers étaient en train d’illuminer le firmament.

« Je suis désolée…Je ne suis bonne qu’à rester dans ce château. Je ne t’apporterais rien de bon, crois-moi. C’est mieux que l’on reste ains… »

Sans crier gare, le garçon réalisa une action qui allait sceller son destin. Le Prince venait de s’approcher d’elle, suffisamment proche pour lui prendre ses mains et l’embrasser. Le baiser fut doux et délicat, mais quelque peu gâché par les larmes qui coulaient le long de sa joue. Alors qu’il écrasait son nez dont elle s’était tant moquée contre le sien, le garçon releva son visage honteux, plusieurs secondes plus tard. La Princesse elle, l’observa un instant, puis rapidement, et les larmes recommencèrent à couler.

Car, alors que les explosions continuaient de résonner et que les étoiles étaient en train de danser, le visage du garçon commença à changer de couleur. Ses lèvres devinrent bleutées, et un souffle glacial l’emporta, le faisant tomber au sol. Les battements de son cœur disparurent au gré des feux d’artifice, tandis que sa dernière vision fut celle de sa Princesse, les genoux à terre, cachant son visage horrifiée par la scène à laquelle elle était en train d’assister. Une scène de plus, qui ne cessait de se répéter.

L’histoire que l’on racontait à propos d’elle : elle était donc vraie. Le Prince se dit qu’il n’avait peut-être pas pu obtenir ce qu’il souhaitait profondément. Il n’aurait sans doute plus jamais l’occasion de goûter aux délices de ses lèvres mais une chose était sûre. Ces souvenirs avec elle ; ces moments passés avec. Eux, étaient précieux, et dans un sens, il avait peut être ainsi réussit à battre la malédiction de la Princesse. Alors que ses yeux se fermaient lentement, il put voir une dernière fois son ravissant visage, éclairée par la lumière de la lune.

Et bien qu’il ne fût qu’un Fragment de sa Vie, il eût été heureux avec elle. Et elle, avec lui.

Fin.