02 - Valkyria

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L’espace…

À la différence du néant, il ne s’agit pas seulement d’un lieu où les poussières d’étoiles, les astres célestes et divers autres débris se réunissent. L’espace représente aussi un territoire non conquis et de rêves chez les Hommes. L’univers est à la fois si peu de choses et en même temps, peut s’étendre à l’infini. Il est plutôt ironique de constater qu’il est à l’origine de nombreux fantasmes alors qu’il est essentiellement vide, sans vie. Mais certains le perçoivent davantage comme une route reliant des planètes à d’autres, des systèmes connectés à d’autres qui abritent des civilisations particulièrement complexes, ou à la limite, très ancienne. Ce fut notamment le cas de ceux qui furent chargés de la mission nom de code ZEUS-7840A, aussi surnommée « Mission Atalante », dont la frégate Valkyria fut chargée, il y a très longtemps, d’acheminer jusqu’à destination, un artefact important.

« Capitaine, nous recevons un signal. Il semble que le message que nous avons envoyé tout à l’heure ait obtenu une réponse. Mais il s’agit de symboles complexes, et je n’arrive pas à les déchiffrer. Il s’agit d’une langue inconnue, monsieur.

- Très bien. Dans ce cas, activez le mode PRUDENCE. Nous ne savons pas s’il s’agit d’une communication hostile ou pas, alors mieux vaut être préparé à toute éventualité.

- Entendu monsieur. J’enclenche les boucliers du vaisseau, et je charge les canons défensifs. Activation de la procédure dans vingt secondes. »

Le capitaine Blink était aux commandes du Valkyria depuis une bonne trentaine d’années déjà. Des missions, il en avait effectué, toujours au service de son peuple. Mais le temps n’avait pas été tendre avec lui, et les premiers signes de maladies qui l’affectaient se faisaient déjà ressentir. Pour lui, il savait que c’était sûrement la dernière de ses missions, alors il souhaitait que tout se passe bien, au possible. Pipe en bois vissée au bec, le capitaine réajusta son béret qui coiffait ses cheveux blancs, et déplia ses ailes de lumière pour se diriger vers la passerelle menant au tableau de bord principal. D’ici, on pouvait avoir une vue immanquable vers le système solaire qui était réputé pour être le plus calme de bien des galaxies. Certains le dénommaient comme le « Vrai Paradis », d’autres comme « la Terre Promise », et en parlant de Terre, il s’agissait apparemment du nom de l’une des planètes qui se trouvaient ici, et qui se montraient parmi les plus habitables. Le panneau de bord indiquait une distance en années-lumière : un nombre composé par trois chiffres, qui se réduisaient au fur et à mesure de la cadence impulsée par les propulseurs du vaisseau. D’ici quelques heures, ils y seraient bientôt, et il serait temps pour lui de prendre une retraite bien méritée. Mais le travail ici n’était pour autant pas terminer.

Bien que le voyage s’était montré jusqu’ici plutôt agréable, c’était sur cette fin de parcours qu’allait se jouer le succès de la mission Atalante. Le capitaine dirigea sa main en avant, et toute une série d’écrans holographiques se mirent à afficher des données, sans doute incompréhensibles pour n’importe quels mortels qui n’auraient pas été sensibilisés plus tôt au pilotage d’un tel croiseur. De temps à autres, des formules mathématiques brouillaient même l’écran principal, et il allait sans dire qu’il fallait avoir beaucoup d’expérience dans le milieu pour comprendre toutes les données qui étaient affichées en ce moment même.

Alors que le vaisseau avançait en direction de la Terre, les sourcils du capitaine qui portait un manteau amiral bleu marine et des épaulettes dorées aux riches décorations, se froncèrent. Son regard se porta sur les indications données par un second écran, qui était en train de s’affoler : plusieurs points rouges venaient de faire leurs apparitions autour du Valkyria.

« Monsieur, nous détectons la présence imminente de vaisseaux étrangers autour du Valkyria. Origine : inconnue. Distance approximative : cinquante kilomètres. Ils se rapprochent de notre position à une très grande vitesse. » indiqua une voix artificielle au commandant du vaisseau. Ces nouvelles peu rassurantes donnèrent en très peu de temps un frisson à l’équipage qui ne s’attendait pas à recevoir une telle visite. Cela faisait plusieurs années qu’un vaisseau Arcadien ne s’était pas rendue dans ce coin-là de la galaxie, certes, mais la présence de pirates ou de corps étrangers n’avait jamais été recensée. Le capitaine du vaisseau resta stoïque, croisant ses mains gantées de blanc derrière son manteau, après avoir affiné nerveusement sa moustache en M. Il ferma les yeux et repensa aux évènements du Promesse survenu durant son enfance : un vaisseau-planète dans lequel il avait vu sa famille périr au combat, attaquée par des pirates qui avaient souhaités s’accaparer la station pour eux-seuls. Cet épisode particulièrement douloureux de sa vie lui revenait chaque fois qu’il était plongé dans une situation où il devait prendre les choses en main, et agir de sang-froid. Un technicien assis à côté de lui, venait d’ailleurs de lui demander ce qu’ils devaient faire, sans qu’il n’obtienne une réponse. Un autre qui n’avait pas l’air préoccupé par la situation, se plaignait de ne pas pouvoir rentrer à temps malgré la promesse qu’il avait faite à sa femme. Enfin, une technicienne rappela qu’ils devaient « assurer la sécurité du Colis, et ce, contre toute attaque potentielle, car de cela en dépendait leur mission ». Ce fut ces quelques mots de la part de la demoiselle qui mit un terme aux pensées du capitaine Blink, qui se redressa sur ses talons.

« Bien, nous n’avons pas le choix. Activez le bouclier dorsal, et basculez l’énergie des moteurs dans nos armes. Je crains que le message que nous ayons reçu, ne nous souhaite pas la bienvenue. Nous allons devoir passer en mode combat. »

À travers tout le vaisseau, l’alarme retentit puis ce fut la voix du capitaine qui prit le dessus :

« Ce message s’adresse à tout l’équipage et n’est pas un exercice. Je répète, il ne s’agit pas d’un exercice. Tout le monde à son poste de combat, nous allons devoir repousser une attaque ennemie d’origine inconnue. Je veux que tout le monde soit à son poste d’ici cinq minutes. »

L’équipe de technicien qui se trouvait dans le laboratoire 04 sursauta à l’entente de cette nouvelle. Non, cela devait être une mauvaise blague…La direction leur avait pourtant assuré que le voyage se passerait bien, surtout dans cette zone de l’univers ! Alors pourquoi fallait-il qu’un pépin survienne, surtout maintenant ?! Alpha et Zoom, deux laborantins qui travaillaient à la préparation du Colis depuis le départ sur leur planète natale, étaient en train de céder à la panique.

« Non mais, c’est pas possible ! Ils nous avaient dit que tout irait bien et il faut que ça nous arrive…maintenant ?! Une attaque ennemie, tu parles ! T’y crois à ça, Alpha, c’est peut être seulement des débris de météorites…

- Écoute, mieux vaut ne pas sous-estimer les ordres du capitaine. S’il nous demande de rejoindre les postes armés, c’est que c’est sûrement sérieux.

- Oui mais…Nous n’en avons pas terminé. Toi aussi tu paniques tu vois. Allez, avant que l’on parte, il vaudrait mieux que l’on en finisse avec l’installation de ce câble. Aide-moi veux-tu. »

Le duo attrapa un câble dont le diamètre faisait près d’un mètre et qui était suffisamment lourd pour que le saisir à deux ne soit pas tâche aisée. Ils placèrent ce dernier sur une grosse boite aux vitres teintées, et l’autre bout vers une machine cubique qui générait d’importantes quantités d’oxygène. Une secousse fit trembler le vaisseau, et les deux techniciens échangèrent un regard qui témoignait de leur inquiétude.

« …Je crois que ça commence déjà…On devrait mieux partir d’ici au plus vite, je ne la sens pas cette histoire…

- Cesse de t’inquiéter Zoom, tu veux bien ! Allez, on termine sinon le capitaine sera furieux si ce que contient cette boite venait à mourir après tout le mal que l’on s’est donné l’amener ici. »

Les deux techniciens essuyèrent les quelques gouttes de sueur qui commençaient à perler sur leur front, et ils achevèrent les préparations de la boite sur laquelle ils travaillaient depuis que le voyage stellaire avait commencé. Ils espéraient vraiment que la situation n’allait pas devenir plus grave que cela…mais voilà qu’ils se trompaient : en ayant une vue sur le cosmos à travers une grande baie vitrée qui parcourait la surface de la salle, ils remarquèrent sans mal une faille s’ouvrir façon trou noir. De celle-ci, en sortie une espèce de queue violette, composée de nombreuses plaques qui laissaient penser qu’il s’agissait d’une créature biomécanique. La queue repliée en forme de scorpion fut assez large pour se déplier à travers le trou noir et d’exploser l’une des carcasses du Valkyria. Il s’ensuivit ensuite une sorte d’explosion qui fit trembler le vaisseau : l’attaque fut plus rapide que prévue. L’alarme qui retentissait redoubla d’intensité : l’assaut venait d’être donné. Suite aux évènements qui venaient de se dérouler sous leurs yeux, Zoom et Alpha se hâtèrent : ils activèrent une plateforme qui suréleva la fameuse boite noire et qui fut bientôt entourée par d’épais bras mécaniques. Ces derniers saisirent la masse puis la souleva en hauteur, la faisant pivoter d’environ soixante-dix degrés, avant qu’une nouvelle rotation n’ait lieu. Un nouveau câble vint s’ajouter à la préparation, et un tableau numérique s’activa, indiquant que l’organisme qui se trouvait à l’intérieur était apparemment en vie. Seulement, voilà qu’une nouvelle explosion perturba l’équilibre du vaisseau, et une carcasse en métal géante vint s’interposer entre le duo et la boite : une sorte d’arachnide-scorpion s’interposa et cracha un épais filet d’acide en direction des deux laborantins. Après avoir laissé échapper un cri, le duo tenta de s’échapper derrière des caisses empilées qui servaient à la manutention des lieux.



« - Pssst…Tu penses que ce truc est à la recherche du capitaine ? Tu ne m’avais pas dit qu’il avait fait de la prison il y a quelques années ?

- Non, je ne pense pas. Une attaque comme celle-ci, signifie qu’ils cherchent soit à protéger quelque chose, soit qu’ils sont à la recherche de quelque chose qui se trouve dans ce vaiss… »

Comme interrompu dans leurs conversations, une des pattes de l’alien se fit apercevoir avant que des tirs ne viennent mettre fin à son intervention : des êtres de lumière, armés de fusils à plasma firent leur apparition dans la pièce, et soulevèrent les deux techniciens, hors de leur cachette.

« Par ici. Il faut vous mettre en sécurité. Ces choses ont déjà commencé leur assaut.

- Merci, on est déjà au courant ! »

La bête qui semblait maitrisée se réveilla soudainement, faisant claquer ses mandibules dégoulinantes de bave et affamée de se débarrasser de ceux qui venaient de l’attaquer à l’aide de ces armes. L’un des soldats chargea à l’aide de ses ailes de lumière, se propulsant dans les airs, et repoussa la bestiole sur quelques mètres, avant finalement de placer son fusil entre sa gueule et de faire plein feu. Les tirs ressortirent de l’autre côté de la carcasse de la créature qui s’écroula au sol. Zoom écarquilla les yeux, n’en revenant pas de ce qui venait de se passer, tandis que son acolyte était déjà en train de se faire évacuer de la salle. Les soldats attrapèrent les deux protagonistes, tandis qu’un sas de sécurité était en train de verrouiller les lieux.

« Nous n’avons pas le temps, il faut partir d’ici, s’empressa de dire l’un des soldats, tandis que d’autres explosions étaient en train de ravager le Valkyria. Ordre du capitaine de quitter le navire ! - Non, attendez, il me reste une dernière manipulation à faire ! » s’exclama le scientifique, tout en pianotant sur son ordinateur une procédure. La boite en acier trempée et aux vitres teintées pivota de nouveau, et se déplaça en direction du plafond, là où une petite capsule l’attendait.

Il s’agit là des derniers souvenirs que je possède du Valkyria. Les cris désespérés de ceux essayant de repousser l’assaut de ces créatures. Les explosions successives en raison de l’apparition des scorpions à l’intérieur de la carcasse de cet endroit, qui pour certains, consistait en un véritable foyer de vie : certes, une importante partie de la population de ce vaisseau était réservée à des techniciens, à des scientifiques et à de l’équipement militaire, mais une partie des voyageurs étaient aussi des civils, qui avaient profités du voyage endigué par le vaisseau pour aller vivre sur Terre. Lorsque j’ouvris les yeux, la capsule venait déjà d’être éjectée dans l’immensité infinie d’un berceau étoilé : le froid de l’espace ne tarda pas à geler le compartiment dans lequel je me trouvais, avant que les propulseurs de la capsule ne s’activent et ne se dirigent en direction de la Terre. Au loin, à travers le cockpit, je vis un homme avec un manteau bleu marine, effectuer un salut militaire, comme pour me souhaiter bonne chance. Mais bonne chance par rapport à quoi ? Que faisais-je ici ?

Malgré ce douloureux réveil, malgré les souvenirs flous qui étaient en train d’écraser ma pauvre tête, des images étaient en train de revenir en moi, et je me souvins de ma mission. En réalité, la Mission Atalante ne venait que de commencer. La première partie revenait à livrer le Colis, c’est-à-dire moi, jusqu’à destination de la Terre. La seconde, fut de retrouver ma mère et de l’aider dans la lutte qu’elle était en train de mener. On m’avait tout révélé avant mon départ, avant de m’endormir dans cette boite pour me garder en vie : la nature de Célestia, ce qui était en train d’arriver à notre planète, et surtout, ce que représentait la Terre pour mon peuple. Alors, à présent que j’étais enfin réveillée de ce long voyage, et sans pouvoir remercier ceux qui avaient veillés sur moi durant ce trajet, je devais m’efforcer de continuer ma mission céleste.



Moi, Lyn Starlight, il était grand temps que je rejoigne Célestia…et que j’affronte ce Destin qui m’attendait. Tellement de vies comptaient sur moi.



À Suivre.